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L’économie sociale et solidaire recrute davantage de cadres en 2026



Vendredi 30 Octobre 2026 - 08:36

L’économie sociale et solidaire perd des salariés, mais les recrutements de cadres montrent des signes de reprise. Dans une nouvelle étude sur le sujet, l’Association pour l'emploi des cadres (Apec) décrit un secteur qui demeure un employeur majeur en France, avec des opportunités particulièrement nombreuses dans les services et certaines régions. Une dynamique toutefois contrastée : malgré des responsabilités souvent importantes, les cadres de l’ESS restent moins bien rémunérés que leurs homologues du privé et davantage exposés aux contrats courts.


L’économie sociale et solidaire, un poids lourd de l’emploi des cadres

Malgré son importance dans l'économie française, l'économie sociale et solidaire (ESS) n'échappe pas à l'érosion de l'emploi. À fin 2025, elle rassemble 2,7 millions de salariés, a calculé l’Association pour l'emploi des cadres (Apec) dans sa dernière étude sur le sujet. Cela représente 10,3% de l'ensemble de l'emploi salarié et 13,4% de celui du secteur privé. Le bilan annuel est cependant négatif : entre décembre 2024 et décembre 2025, le secteur a perdu 10.400 emplois salariés. Son poids économique reste considérable, mais cette contraction témoigne des difficultés que rencontrent ses employeurs.

L'ESS constitue aussi un débouché majeur pour les fonctions d'encadrement, ce secteur comptant plus de 340.000 cadres. Son tissu économique s'appuie sur 147.000 entreprises employeuses, réparties dans 204.000 établissements. Loin de se cantonner à l'action caritative, il couvre une multitude d'activités, allant de la santé aux services financiers, en passant par le commerce, l'agriculture, la formation et la culture.

Les associations concentrent l'essentiel de cette force de travail. Elles représentent 2,1 millions d'emplois, soit 77% des effectifs de l'ESS. Le pays compte également 1,37 million d'associations actives, même si toutes ne disposent pas de salariés. Les coopératives constituent le deuxième grand ensemble, avec plus de 354.000 emplois répartis dans 23.700 établissements. Viennent ensuite les mutuelles, qui totalisent 140.000 emplois à travers 6.700 établissements, puis les fondations, avec 127.000 salariés.

Cette diminution des effectifs ne s'accompagne pourtant pas d'un nouveau repli des offres destinées aux cadres. Au premier semestre 2026, l'Apec recense 10.200 offres d'emploi cadre dans l'ESS sur sa plateforme, contre 9.788 un an auparavant. La progression atteint ainsi 4% en rythme annuel, alors que le volume global des offres cadre diminue de 2%, précise l'association. Il s'agit d'un premier retournement après plusieurs années de baisse. Les offres de l'ESS étaient encore au nombre de 14.500 au premier semestre 2022, puis de 13.476 en 2023 et de 11.900 en 2024.

Autrement dit, la reprise reste partielle, mais elle permet à l'ESS de renforcer sa présence relative sur le marché du recrutement. Le secteur représente désormais 4,9% des offres d'emploi cadre, contre 4,3% au premier semestre 2022. Cette progression illustre un regain de besoins en compétences d'encadrement, sans signifier pour autant que le nombre total de salariés soit reparti à la hausse : les offres publiées constituent un indicateur de demande de recrutement, distinct des embauches effectivement réalisées.

Recrutement de cadres : quatre régions en première ligne

L'analyse détaillée des offres confirme la prépondérance du secteur associatif. Les associations concentrent 66% des annonces cadre de l'ESS au premier semestre 2026, devant les mutuelles avec 13%, les coopératives avec 11% et les fondations avec 10%. Leur diversité d'activités explique en grande partie cette domination. Elles sont notamment présentes dans les établissements sociaux et médico-sociaux, la formation, les activités culturelles et sportives ainsi que l'accompagnement des publics.

La répartition sectorielle des opportunités est encore plus marquée. Les services représentent 97% des offres cadre de l'ESS, contre 72% pour l'ensemble des offres étudiées. À elle seule, la santé-action sociale concentre 47% des annonces de l'ESS, alors qu'elle ne représente que 6% de l'ensemble des offres cadre. La banque et les assurances arrivent ensuite, avec 15% des opportunités, suivies des activités associatives et de l'administration publique à 13%, puis de la formation initiale et continue à 9%.

Cette spécialisation varie selon la nature des employeurs. Dans les associations, 57% des offres proviennent de la santé-action sociale, 17% des activités des organisations associatives et de l'administration publique et 11% de la formation. Les mutuelles présentent un tout autre profil, puisque près de huit annonces sur dix relèvent de la banque-assurance. Les coopératives recrutent également beaucoup dans cet univers, tout en conservant des débouchés dans le commerce. Quant aux fondations, elles concentrent environ les trois quarts de leurs offres dans la santé et l'action sociale, précise l'étude.

Les métiers recherchés traduisent ces orientations. Les postes d'encadrement médical, social et paramédical ainsi que ceux liés à la psychologie et à l'accompagnement social occupent une place importante dans les associations. Les fondations recherchent notamment des médecins et des responsables d'établissements de santé. Du côté des coopératives, les besoins se concentrent davantage sur les commerciaux de la banque, l'ingénierie d'affaires et la gestion de clientèle. L'ESS offre ainsi des débouchés à des profils très différents, bien au-delà des seules professions sociales.

La géographie des recrutements révèle également de fortes disparités. Quatre régions métropolitaines se distinguent par une part des offres ESS supérieure à la moyenne nationale : la Bretagne, où cette proportion atteint 7,3%, la Normandie et la Bourgogne-Franche-Comté, à 6,8% chacune, ainsi que la Nouvelle-Aquitaine, à 6,6%. À titre de comparaison, la moyenne française se situe à 4,9%. Il s'agit de la part des offres de l'ESS dans chaque marché régional, et non du nombre absolu de postes proposés.

Ces écarts reflètent des structures économiques territoriales spécifiques. En Bretagne et en Bourgogne-Franche-Comté, le dynamisme du tissu coopératif contribue à la place importante de l'ESS dans les recrutements de cadres. En Normandie, l'agriculture occupe une position suffisamment forte pour favoriser le développement de modèles coopératifs. La Nouvelle-Aquitaine se distingue, pour sa part, par l'implantation des mutuelles, qui alimente les besoins en compétences, notamment dans les activités assurantielles et financières.

Les cadres de l’économie sociale et solidaire, plus responsables mais moins payés

Cette reprise des recrutements se heurte néanmoins à une question centrale : celle de l'attractivité des postes proposés. Sur le plan salarial, l'ESS accuse un retard par rapport à l'ensemble du marché cadre. Le salaire brut annuel médian affiché dans ses offres atteint 41.000 euros au premier semestre 2026, contre 45.000 euros pour l'ensemble des offres. L'écart s'élève donc à 4.000 euros par an. Cette différence est d'autant plus notable que les postes concernés peuvent comporter d'importantes responsabilités d'encadrement ou de direction.

Tous les employeurs de l'ESS ne proposent toutefois pas les mêmes rémunérations. Les mutuelles affichent le salaire médian le plus élevé, à 45.000 euros bruts annuels, suivies des coopératives à 43.000 euros, des fondations à 41.000 euros et des associations à 40.000 euros. La dispersion des salaires est également importante. Dans les fondations, le premier décile des offres se situe à 30.000 euros et le neuvième à 80.000 euros. Dans les mutuelles, ces seuils atteignent respectivement 33.000 et 75.000 euros. Les conditions salariales peuvent donc varier fortement selon les postes et les structures.

À cet écart de rémunération s'ajoute une fréquence plus élevée de contrats à durée déterminée. Les CDD représentent 26% des offres cadre dans les fondations et 20% dans les associations. La proportion descend à 13% dans les mutuelles et à 10% dans les coopératives, mais reste supérieure à celle observée dans l'ensemble des offres cadre, limitée à 7 %. Le contraste est particulièrement prononcé pour les fondations et les associations, où les contrats temporaires occupent une place nettement plus importante dans les recrutements.

La situation des cadres déjà en poste révèle un paradoxe supplémentaire. Dans l'ESS, 48 % d'entre eux exercent des responsabilités hiérarchiques, contre 39 % pour l'ensemble des cadres du secteur privé, selon le Baromètre 2026 de la rémunération des cadres de l'Apec. À l'inverse, les professionnels de l'ESS sont moins souvent dépourvus de toute mission d'animation d'équipe. Ils se voient donc proportionnellement plus fréquemment confier des fonctions de management, sans que ce niveau de responsabilité se traduise par des rémunérations équivalentes à celles du reste du privé.

Les écarts se retrouvent effectivement sur les fiches de paie. La rémunération brute annuelle médiane des cadres en poste dans l'ESS s'établit à 50.000 euros, contre 54.000 euros pour l'ensemble des cadres du privé. Les mutuelles se distinguent encore avec une médiane de 58.000 euros, devant les coopératives à 53.000 euros, les fondations à 52.000 euros et les associations à 47.000 euros. Cet écart de rémunération entre l'ESS et l'ensemble des cadres ne connaît pas d'évolution notable depuis 2023.

Quels profils de cadres se tournent exclusivement vers l'ESS ?

L'étude s'intéresse enfin aux personnes qui choisissent de candidater auprès des employeurs de l'ESS. L'Apec distingue les candidats dits « ESS stricts », qui répondent exclusivement à des offres d'entreprises de l'économie sociale et solidaire, des candidats « ESS non stricts », qui postulent également ailleurs. Au premier semestre 2026, les premiers représentent 5,2% de toutes les personnes ayant candidaté à au moins une offre cadre sur la plateforme de l'Apec. Leur proportion était de 5% en 2025 et de 6% en 2024.

Ces candidats présentent un profil particulier, notamment en matière de genre et d'expérience professionnelle. Les femmes représentent 67% des candidats exclusivement tournés vers l'ESS, contre 43% parmi les autres candidats aux offres de ce secteur. Autre différence : 61% des candidats ESS stricts possèdent au moins dix années d'expérience, contre 49% chez les candidats non stricts. Les moins de 30 ans sont, à l'inverse, moins représentés parmi les premiers, avec 23% contre 34%.

Les parcours de formation contribuent également à distinguer ces populations. Parmi les candidats exclusivement intéressés par l'ESS, 46% sont issus de l'université, contre 30% parmi ceux qui postulent aussi hors de ce secteur. Les diplômés d'écoles de commerce et surtout d'écoles d'ingénieurs sont, en revanche, proportionnellement moins nombreux. La différence ne tient pas principalement au niveau d'études : 70% des candidats des deux catégories possèdent un diplôme de niveau bac +5 ou supérieur, relève l'association.

Les disciplines étudiées sont, elles aussi, révélatrices. Les sciences humaines et sociales représentent 23% des formations des candidats ESS stricts, contre seulement 3% pour les candidats non stricts. Les filières du droit, de l'économie et de la gestion restent très présentes dans les deux populations. En matière de fonctions visées, les candidats exclusivement tournés vers l'ESS s'intéressent davantage aux ressources humaines, à l'enseignement, à la santé, au secteur social et à la culture. Les fonctions commerciales et marketing sont en revanche moins représentées dans leurs candidatures.

Ce positionnement se reflète jusque dans leurs démarches de recherche d'emploi. Au premier semestre 2026, les candidats ESS stricts ont répondu en moyenne à 1,2 offre, contre 5,6 pour les autres candidats aux offres du secteur. L'organisme met ce décalage en relation avec le volume relativement restreint des annonces de l'ESS dans l'ensemble du marché cadre. Cette spécialisation des candidatures dessine ainsi un vivier de professionnels aux parcours universitaires plus fréquents, souvent expérimentés et particulièrement présents dans les métiers de l'accompagnement, de la santé et de la gestion des ressources humaines.


Anton Kunin







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