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IA ou jeunes diplômés : 52% des employeurs ont déjà tranché



Vendredi 29 Août 2025 - 15:33

Décidément, l'intelligence artificielle dicte désormais les arbitrages RH ! Selon un sondage Censuswide pour Indeed, 52% des employeurs considèrent qu’il est plus simple et économique de former une IA que d’embaucher un jeune diplômé. Ce constat soulève une question de fond pour le management : privilégier la performance technologique ou investir dans le capital humain ?


Quand l’IA devient plus attrayante qu’un jeune diplômé

Le chiffre est sans appel : 52% des employeurs sondés jugent plus simple et économique de former une IA que de recruter un jeune diplômé. Cette statistique ne se limite pas à un effet d’annonce : elle traduit un basculement stratégique, qui questionne directement les priorités des dirigeants.

Dans certains secteurs, la tendance est encore plus marquée. Ainsi, 70% des employeurs de la finance préfèrent miser sur une IA plutôt que sur des profils sortis de l’université. En comparaison, seulement 40% dans l’éducation et 39% dans le commerce, la restauration et les loisirs adoptent la même logique. Ces écarts révèlent des réalités contrastées : là où la rapidité de calcul et la gestion automatisée des données dominent, l’IA s’impose. À l’inverse, les secteurs plus relationnels ou pédagogiques résistent davantage à sa montée en puissance.

Au-delà de ce choix, les dirigeants mettent en avant un argument économique décisif. Former une IA représente, selon eux, un investissement plus prévisible et plus rentable que l’intégration d’un jeune diplômé, souvent jugée coûteuse en formation et en encadrement. Cette rationalisation des coûts se combine à une recherche de productivité immédiate, qui fait pencher la balance en faveur des machines.

Entre gains d’efficacité et perte de convivialité

Les employeurs ne nient pas les avantages immédiats. 46% d’entre eux estiment que l’utilisation de l’IA améliore l’efficacité, tandis que 31% observent une meilleure collaboration au sein des équipes. Ces chiffres traduisent une perception globalement positive, confirmée par 66% des dirigeants qui considèrent que l’IA aide au développement des compétences. Cette proportion atteint même 74% dans les grandes entreprises de 250 à 500 salariés.

Pour autant, les bénéfices s’accompagnent d’un revers. 26% des employeurs constatent une perte de la dimension humaine, un quart d’entre eux signalant une réduction des interactions personnelles et des conversations informelles. Le lieu de travail devient plus connecté, certes, mais aussi moins convivial.

Cette évolution interroge directement la place du jeune diplômé. Ces derniers apportent traditionnellement dynamisme, créativité et capacité d’adaptation. Les priver d’opportunités de recrutement au profit d’algorithmes revient à affaiblir la diversité des approches et la transmission intergénérationnelle. Le risque n’est pas seulement économique, il est aussi culturel : une organisation sans intégration des nouveaux talents pourrait perdre son souffle d’innovation à long terme.

La dépendance à l’IA, un virage managérial irréversible

Si l’attrait pour l’IA se confirme, c’est aussi parce qu’une majorité d’employeurs s’estime déjà engagée dans ce virage. 64% reconnaissent être devenus dépendants des technologies d’intelligence artificielle, un chiffre qui grimpe à 70% dans l’architecture, l’ingénierie et la construction, 69% dans la finance et 68% dans les ressources humaines. À l’opposé, les secteurs plus humains comme la santé ou le commerce de détail affichent des taux légèrement inférieurs, autour de 63–64%.

Cette dépendance nourrit des inquiétudes nouvelles. 64% des employeurs craignent que l’IA nuise à la confiance au sein des équipes, et cette proportion atteint 74% dans les ressources humaines. En d’autres termes, là où le lien social devrait être au cœur des pratiques, l’intrusion d’algorithmes est perçue comme une menace directe.

Le dilemme est clair. D’un côté, les dirigeants veulent maximiser leur compétitivité grâce à des outils automatisés et performants. De l’autre, ils savent que l’adhésion des collaborateurs repose sur la qualité du relationnel et le sentiment d’appartenance. C’est précisément dans ce déséquilibre que se joue l’avenir du management. Former une IA ne remplacera jamais totalement l’intelligence émotionnelle ni la créativité d’un jeune diplômé.


Anton Kunin







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