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Carrière : 53% des salariés se comparent aux autres, un signal pour les RH



Lundi 24 Août 2026 - 15:50

Comparer son poste, son salaire ou sa vitesse de progression à celle des autres s’installe dans les habitudes professionnelles. Une étude publiée par monCVparfait révèle que 53% des actifs interrogés confrontent au moins occasionnellement leur carrière à celle de leurs pairs et que 36% se considèrent en retard par rapport aux personnes de leur âge. Derrière ces chiffres apparaît un défi très concret pour les RH : accompagner des parcours de plus en plus individualisés alors que les critères visibles de réussite restent omniprésents.


La carrière des salariés sous le regard des autres

Publiée le 17 août 2026, l’étude sur la comparaison de carrière repose sur une enquête menée en novembre 2025 via Pollfish auprès de 1.000 adultes américains employés à temps plein. Son périmètre impose donc de la prudence : ces résultats ne décrivent pas directement les salariés français. Ils mettent néanmoins en lumière des mécanismes susceptibles d’intéresser les responsables des ressources humaines, depuis la perception de l’évolution professionnelle jusqu’à la place accordée au salaire, à la stabilité ou à l’équilibre de vie.

Le principal enseignement tient moins à une soudaine disparition de l’ambition qu’à la multiplication des références utilisées pour juger son propre parcours. Les salariés interrogés évaluent leur progression par rapport à leurs objectifs initiaux, mais aussi à leurs collègues, à leurs amis, aux personnes de leur génération et aux réussites professionnelles rendues visibles en ligne. La carrière devient ainsi un objet de comparaison permanente, alors même que les critères personnels de réussite évoluent.

Plus d’un répondant sur deux, soit 53%, déclare comparer son évolution professionnelle à celle de ses amis ou de ses pairs au moins occasionnellement, tandis que 27% le font souvent ou constamment. Dans le détail, 26% disent se comparer occasionnellement, 18% souvent et 9% constamment. À l’inverse, 22% le font rarement et 25% jamais, d’après la même enquête.

Ce réflexe modifie la façon d’interpréter une trajectoire. Lorsqu’ils se situent par rapport aux personnes de leur âge, 36% des répondants disent être en retard, tandis que 39% se considèrent dans la moyenne et environ 26% en avance. Autrement dit, le sentiment d’un parcours insuffisamment rapide peut coexister avec une situation que l’intéressé considère lui-même comme moyenne.

Le phénomène est d’autant plus significatif que 75% des personnes interrogées déclarent ne pas être en avance par rapport à leurs pairs. Ce chiffre ne signifie pas que trois quarts des carrières seraient effectivement bloquées. Il mesure une perception. Pour une direction des ressources humaines, cette distinction est essentielle : l’insatisfaction professionnelle ne découle pas uniquement d’une absence de promotion ou d’augmentation, mais peut naître de la manière dont le salarié situe son parcours dans son environnement social.

Pourquoi les salariés se sentent en retard

Le regard porté sur les autres n’est qu’une partie du problème. Près de 73% des répondants affirment ne pas être en avance sur les objectifs professionnels qu’ils s’étaient eux-mêmes fixés, et 34% se disent réellement en retard, selon monCVparfait. Dans le même temps, 38% considèrent être à peu près là où ils pensaient se trouver à ce stade de leur parcours, précise la même étude. Le décalage se joue donc à la fois face aux ambitions passées et face aux trajectoires visibles autour de soi.

Cette tension produit une pression concrète. Quelque 52% des répondants disent ressentir au moins un peu de pression lorsque des personnes de leur entourage atteignent certaines étapes professionnelles, telles qu’une promotion, une hausse de rémunération ou l’obtention d’un nouveau poste. La progression d’un collègue ou d’un ami devient ainsi un repère supplémentaire, même lorsque les deux carrières n’obéissent ni aux mêmes métiers, ni aux mêmes entreprises, ni aux mêmes opportunités.

Les plateformes numériques renforcent encore cette exposition. Parmi les 65% de professionnels interrogés qui suivent des contenus consacrés à la carrière en ligne, 60% estiment que les réseaux sociaux donnent une représentation irréaliste de la réussite professionnelle. Le paradoxe est frappant : les salariés identifient le caractère déformant de certains contenus tout en continuant d’évoluer dans un univers où promotions, changements de poste et réussites individuelles sont particulièrement visibles.

Pour les RH, le sujet dépasse donc la communication sur les possibilités de promotion. Il touche également à la lisibilité des parcours, aux critères d’évolution et à la capacité des salariés à comprendre ce qui constitue une progression dans leur propre organisation. Plus les règles apparaissent opaques, plus les repères externes sont susceptibles de prendre de l’importance. À l’inverse, des trajectoires explicites, des échanges réguliers sur les compétences et des perspectives professionnelles concrètes peuvent fournir des points de référence internes plus pertinents.

La carrière des salariés se redéfinit autour de l’équilibre

L’étude révèle cependant un deuxième mouvement, presque inverse. Alors que la comparaison nourrit la pression, les critères de réussite se déplacent. Au total, 53% des répondants indiquent que leur définition du succès s’est davantage orientée vers l’équilibre, la santé, le bien-être ou la stabilité de l’emploi. Dans le détail, 29% privilégient désormais l’équilibre, la santé et le bien-être général, tandis que 24% mettent davantage l’accent sur la stabilité et la sécurité professionnelle. À l’opposé, seuls 10% disent avoir réorienté leur conception de la réussite vers l’avancement ou la croissance professionnelle.

« De nombreux professionnels sont en train de redéfinir discrètement la notion de réussite », observe Jasmine Escalera, experte en carrière chez monCVparfait. Elle met notamment en avant « la sécurité, l’équilibre et une croissance durable ». Cette évolution ne signifie pas que la rémunération a perdu son importance. Le revenu demeure le facteur le plus cité pour évaluer sa réussite, avec 47% des réponses, devant l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée à 42%.

D’autres critères gagnent néanmoins du terrain. Le sens ou l’impact du travail est cité par 32% des répondants, la stabilité de l’emploi par 31%, tandis que le titre du poste ou l’ancienneté ne recueillent que 22% des réponses. Pour les politiques RH, le message est significatif. Construire une proposition de valeur autour de la seule ascension hiérarchique risque de répondre imparfaitement à des salariés qui associent désormais leur réussite à plusieurs dimensions simultanées.

Cette diversification rend également les parcours plus difficiles à comparer. Deux collaborateurs au même niveau hiérarchique peuvent poursuivre des objectifs radicalement différents : l’un cherchera davantage de responsabilités, l’autre une expertise plus forte, davantage de stabilité ou une meilleure articulation entre travail et vie personnelle. Une politique de carrière uniquement verticale peine alors à traduire cette pluralité. La mobilité interne, le développement des compétences, les évolutions fonctionnelles ou l’enrichissement du poste deviennent autant de manières de matérialiser une progression sans la réduire à un changement de titre.

Ce que les RH doivent retenir des attentes des salariés

La première vigilance consiste à ne pas transformer l’étude américaine en photographie du marché français. Son intérêt réside davantage dans les questions qu’elle pose aux entreprises. Comment les salariés comprennent-ils leurs perspectives ? Savent-ils sur quels critères reposent les promotions ? Une progression d’expertise est-elle reconnue aussi clairement qu’une prise de responsabilités managériales ? Et les managers disposent-ils des outils nécessaires pour parler de trajectoire autrement qu’au moment de l’entretien annuel ?

Ces interrogations rejoignent d’autres transformations de l’organisation du travail. La présence au bureau peut être arbitrée par les salariés en fonction du temps de trajet, des conditions de travail, de l’accès à l’information, des interactions avec l’équipe et, à plus long terme, des possibilités de progression professionnelle. La gestion de carrière ne se limite donc pas à une grille de postes. Elle dépend aussi de la circulation de l’information, de la visibilité du travail accompli et de la capacité à accéder aux opportunités.

Pour les équipes RH, l’enjeu est de rendre la progression suffisamment tangible pour qu’elle ne soit pas appréciée uniquement à travers la promotion du voisin. Cela suppose notamment de mieux expliciter les compétences acquises, les étapes possibles, les passerelles entre métiers et les différents scénarios d’évolution. L’objectif n’est pas de neutraliser toute comparaison entre collègues, ce qui serait irréaliste, mais de fournir aux salariés des repères adaptés à leur propre trajectoire.

Enfin, les résultats invitent à revoir les indicateurs utilisés pour parler de réussite professionnelle. Lorsque le revenu, l’équilibre de vie, le sens du travail et la stabilité coexistent parmi les critères importants, la fidélisation ne peut plus reposer sur un seul ressort. Les entretiens de carrière, les dispositifs de mobilité et le management quotidien ont intérêt à intégrer cette diversité, tout en évitant de présenter chaque parcours comme une course identique vers le niveau hiérarchique suivant.


Anton Kunin







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