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Harcèlement au travail : 8 professionnels sur 10 observent une explosion des signalements depuis 2022



Vendredi 12 Juin 2026 - 17:37

81% des professionnels constatent une hausse significative des signalements de harcèlement depuis 2022. Le harcèlement moral domine les dossiers traités, mais seule une minorité d'entreprises maîtrise réellement les enquêtes internes, nous apprend un sondage BuzzPress pour le cabinet Reversens.


Une explosion de signalements qui révèle une prise de conscience

Les chiffres saisissent par leur ampleur. Entre 2022 et 2025, 81% des professionnels français constatent une hausse significative des signalements de harcèlement au travail, selon une enquête du cabinet Reversens menée auprès de 2.011 personnes. Pour près d'un tiers des répondants, l'augmentation atteint 20% à 50%, dessinant une transformation majeure du paysage professionnel.

Loin de refléter une dégradation des comportements en entreprise, cette progression témoigne d'une structuration progressive des canaux de signalement et d'une sensibilisation accrue des salariés aux dispositifs d'alerte. Les organisations découvrent ainsi l'étendue réelle de situations longtemps tues, révélant un phénomène jusqu'alors largement invisible.

Le harcèlement moral en tête des préoccupations

La typologie des dossiers dessine une hiérarchie claire. Le harcèlement moral domine : pour 68% des professionnels interrogés, il représente plus d'un quart des signalements traités dans leur organisation. La complexité des relations managériales contemporaines explique en partie ce constat, la frontière entre exigence professionnelle et comportement harcelant s'estompant parfois.

Les conflits managériaux ou interpersonnels, initialement qualifiés de harcèlement, occupent également une place importante. Le harcèlement sexuel, le cyberharcèlement et les propos discriminatoires restent minoritaires dans les statistiques, sans que leur gravité en soit diminuée.

De la déclaration à l'enquête, un parcours complexe

Paradoxe révélateur : la multiplication des signalements ne se traduit pas par une augmentation proportionnelle des enquêtes menées à terme. Seuls 41% des professionnels indiquent que moins de la moitié des signalements aboutissent à une enquête formelle clôturée. À l'inverse, 20% estiment que plus des trois quarts des dossiers atteignent une conclusion écrite.

Plusieurs obstacles expliquent ces difficultés de traitement. La qualité des informations disponibles pose problème : manque d'éléments exploitables, absence de témoins identifiables, crainte de représailles. S'ajoutent des limites organisationnelles majeures, comme la surcharge des équipes RH, le manque de formation des enquêteurs ou l'absence de méthode structurée.

Un niveau de préparation disparate selon les entreprises

La maturité des organisations révèle un paysage contrasté. Seuls 24% des enquêteurs internes se déclarent pleinement confiants dans leur dispositif, grâce à une méthode structurée et un accompagnement adapté. Ils bénéficient généralement de formations spécialisées et de protocoles rigoureux développés en interne ou avec l'appui de cabinets spécialisés.

À l'opposé, 43% des répondants expriment une confiance faible ou moyenne, révélant un manque criant de formalisation. Anne-Sophie Chéron, fondatrice de Reversens et auteure de l'étude, souligne que « la fragilité de ces dispositifs révèle une difficulté majeure à évaluer la solidité des rapports produits, notamment face à d'éventuelles contestations prud'homales ».

L'intelligence artificielle, assistante mais pas décideuse

L'IA suscite des réactions nuancées. Elle obtient un plébiscite comme outil d'assistance méthodologique : 74% des professionnels acceptent qu'elle centralise les pièces du dossier, assure la traçabilité des étapes d'enquête, vérifie le respect des procédures ou aide à la rédaction factuelle des rapports.

La méfiance s'installe dès que l'IA entre dans le champ décisionnel. Seuls 26% se montrent favorables à une suggestion de qualification juridique automatisée. Plus restrictif encore, à peine 8% accepteraient une recommandation de décision disciplinaire générée par algorithme.

La réserve s'explique par la nature hautement contextuelle du harcèlement, qui nécessite une analyse fine des rapports humains, des intentions et des conséquences psychologiques difficiles à quantifier par une machine.

La nécessité d'une montée en compétences

L'explosion des signalements impose une professionnalisation urgente. Les entreprises les plus avancées développent des méthodologies structurées, forment leurs enquêteurs internes et s'appuient sur des cabinets spécialisés pour les dossiers complexes. Reversens, qui a mené plus de 200 enquêtes éthiques depuis 2018, observe une évolution des demandes. Les organisations recherchent désormais des approches analytiques et cliniques, capables de traiter les discours atypiques et d'évaluer les risques d'influence dans les témoignages.

L'enjeu dépasse la gestion des risques juridiques. Il s'agit de restaurer la confiance des salariés et de prévenir les conséquences dramatiques du harcèlement non traité : arrêts prolongés, démissions, voire passages à l'acte suicidaire.

La progression des signalements depuis 2022 marque probablement un tournant historique dans la gestion des risques psychosociaux. Loin d'un épiphénomène, elle révèle une prise de conscience collective qui impose aux organisations de repenser en profondeur leurs dispositifs de prévention et de traitement des situations sensibles.


Anton Kunin

Tags : harcèlement






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