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Uber supprime 3.300 postes pour accélérer sa transformation



Vendredi 4 Septembre 2026 - 07:03

Uber va supprimer environ 3.300 postes, soit 10% de ses effectifs, dans sa plus vaste réorganisation depuis la crise sanitaire. Derrière ces départs, le groupe ne met pas en avant l’intelligence artificielle comme cause directe : il veut raccourcir sa chaîne de décision, fusionner des équipes devenues trop fragmentées et libérer des moyens pour ses priorités de croissance, en particulier les taxis autonomes et la livraison.


Uber supprime 3 300 postes pour raccourcir la chaîne de décision

Le 2 septembre 2026, Uber a annoncé une réduction d’environ 10% de ses effectifs mondiaux, soit près de 3.300 salariés. Le groupe employait environ 34.000 personnes à la fin de 2025. Cette opération ramènerait donc les effectifs à un niveau proche de celui de 2021.

La taille de la coupe est importante, mais son calendrier l’est tout autant. Il s’agit du plus fort mouvement de suppressions de postes depuis mai 2020, quand Uber avait supprimé 6.700 emplois, soit près d’un quart de ses effectifs de l’époque. Pourtant, Dara Khosrowshahi insiste sur un paradoxe : l’entreprise se porte bien et son chiffre d’affaires a presque triplé en un peu plus de cinq ans.

La justification officielle n’est pas celle d’une entreprise en contraction commerciale, mais celle d’une organisation devenue trop lourde. Dara Khosrowshahi explique que la croissance a ajouté des niveaux hiérarchiques, multiplié les besoins de coordination et dispersé les responsabilités. Les enquêtes internes et les échanges avec les équipes ont également fait remonter des arbitrages trop lents et des droits de décision mal définis, précise la direction. Autrement dit, le groupe estime que son propre fonctionnement absorbe désormais trop de temps de management.

La réorganisation vise donc à élargir le périmètre de certains responsables et à supprimer une partie des postes centrés surtout sur la coordination. D’après le message officiel de l’entreprise, le nombre de salariés situés à sept niveaux hiérarchiques ou davantage sous le directeur général doit diminuer de 20%, tandis que le nombre de micro-équipes composées d’un ou deux collaborateurs doit reculer de près de 50%. Par ailleurs, certains responsables peuvent être repositionnés comme contributeurs individuels plutôt que quitter l’entreprise.

« Une organisation plus légère donnera des responsabilités plus claires, des décisions plus rapides et davantage de temps consacré à construire plutôt qu’à coordonner », a déclaré Dara Khosrowshahi dans son message aux salariés. La logique RH est donc explicite : diminuer les interfaces, augmenter la taille des équipes sous chaque manager et rapprocher la décision de l’exécution.

Un plan de départs centré sur la complexité du management

Ces suppressions de postes ne surgissent pas de nulle part. Plus tôt en 2026, Uber avait déjà réduit de 23% les emplois d’une division regroupant notamment les ressources humaines, le recrutement, les services liés aux bureaux et la culture d’entreprise. En juin 2026, l’entreprise avait également annoncé une réduction de 10% des emplois dans ses opérations de service client. Fin juillet 2026, 41 salariés ont encore été licenciés au siège californien, dont cinq travaillaient à distance.

Ces épisodes montrent que la dernière réorganisation en date élargit à l’ensemble du groupe une tendance déjà visible dans plusieurs fonctions. Ils permettent aussi de nuancer le rôle de l’intelligence artificielle. Il est intéressant de noter que Dara Khosrowshahi n’a pas présenté l’IA comme la cause des départs, à la différence des coupes précédentes dans le service client, qui étaient liées à une volonté d’accélérer l’usage de cette technologie. « Nous ne pouvons pas déployer une technologie de pointe sur des processus fragmentés », avait écrit Megha Yethadka, vice-présidente des opérations communautaires mondiales.

La distinction est importante du point de vue du management. Uber ne dit pas qu’un outil automatisé remplace mécaniquement des milliers de salariés. La direction affirme plutôt qu’elle veut d’abord simplifier les processus et les responsabilités afin que l’entreprise puisse mieux absorber les technologies, les nouveaux métiers et les investissements futurs. Dans le secteur technologique, plus de 123.000 suppressions d’emplois avaient été recensées en 2026 dans près de 390 entreprises au moment de l’annonce. Uber se place donc dans un mouvement sectoriel large, tout en donnant à son propre plan une justification surtout organisationnelle.

Uber réoriente ses salariés vers les taxis autonomes et la livraison

Les économies attendues ne sont pas présentées comme une fin en soi. Uber affirme qu’elles seront réinvesties dans la croissance, l’innovation et les capacités jugées essentielles pour les prochaines années. Cela concerne les activités historiques de mobilité et de livraison, mais aussi les véhicules autonomes. Reuters rapporte que l’entreprise prévoit d’y consacrer une somme supérieure à environ 8,6 milliards d’euros au cours des prochaines années.

Le pari est stratégique, car les taxis autonomes peuvent à la fois menacer le rôle traditionnel d’Uber et créer une nouvelle source de croissance. Waymo développe ses services dans de nouveaux marchés sans passer systématiquement par la plateforme d’Uber, tandis que Tesla renforce également ses ambitions dans ce domaine. Adam Ballantyne, analyste chez Cambiar Investors, estime qu’avec l’essor de la conduite autonome, « un autre type de salarié est nécessaire pour développer cette activité ». Pour Uber, l’enjeu consiste donc à rester un intermédiaire majeur entre les véhicules et les passagers, même si le véhicule n’a plus de conducteur humain.

La livraison constitue l’autre grand chantier. Comme l'a annocé Dara Khosrowshahi, Uber regroupe ses structures opérationnelles dédiées aux restaurants, au commerce de détail et à la livraison directe en équipes unifiées aux niveaux mondial, régional et national. L’entreprise fusionne également certaines équipes d’ingénierie et de science afin de réduire les doublons. Dans le même temps, la pression concurrentielle de DoorDash, Instacart et d’autres acteurs pousse le groupe à rechercher davantage d’échelle.

Des postes davantage concentrés dans quelques grands bureaux

Le plan ne modifie pas seulement l’organigramme ; il redessine aussi la géographie du travail. Les équipes mondiales doivent être davantage concentrées à New York et San Francisco, tandis que les équipes régionales seront regroupées dans des pôles régionaux, les équipes locales dans des pôles nationaux et les équipes technologiques dans des sites dédiés. La direction dit également vouloir rapprocher physiquement les managers et leurs équipes, notamment pour les salariés en début de carrière. Cette logique s’accompagne d’un net recul du télétravail intégral. Environ 1% seulement des salariés devraient rester entièrement à distance après la réorganisation, qui maintient en parallèle sa politique hybride imposant trois jours par semaine au bureau.

Les salariés concernés par les suppressions ont déjà été informés, sauf dans les pays où des procédures locales doivent encore être respectées.


Anton Kunin







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