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Souffrance psychique au travail : le Sénat lance une mission d’information



Vendredi 6 Février 2026 - 15:03

Le 4 février 2026, le Sénat a officiellement engagé ses travaux sur la souffrance psychique au travail, en confiant à une mission d’information la tâche d’analyser ses causes, ses effets et les réponses possibles, alors que les données récentes de Santé publique France confirment l’ampleur croissante de ce phénomène dans le monde professionnel français.


​Souffrance psychique au travail : le Sénat ouvre un chantier institutionnel

La souffrance psychique s’impose désormais comme un sujet central de l’agenda parlementaire. Le Sénat a annoncé, le 5 février 2026, le lancement d’une mission d’information intitulée « La souffrance psychique au travail : un défi sociétal et collectif à relever ». Cette initiative, portée par le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, s’inscrit dans le cadre du droit de tirage parlementaire, un mécanisme permettant à chaque groupe politique de proposer un travail d’évaluation sur un sujet donné.

Dans ce contexte institutionnel, la mission se voit confier un rôle d’analyse transversale des conditions de travail contemporaines. Elle devra, en effet, examiner les évolutions organisationnelles, les transformations managériales ainsi que les nouvelles formes de pression professionnelle susceptibles d’alimenter la souffrance psychique. Par ailleurs, la composition du bureau de la mission, comprenant une présidente, une rapporteure et plusieurs vice-présidents et secrétaires, traduit la volonté de doter ces travaux d’une gouvernance pluraliste.

​Souffrance psychique et conditions de travail : un enjeu de santé publique documenté

Au-delà du cadre parlementaire, la souffrance psychique liée au travail est déjà largement documentée par les autorités sanitaires. Dans un article publié en mars 2024 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Santé publique France rappelle que « la souffrance psychique en lien avec le travail constitue un enjeu de santé publique important pour ses conséquences sur la qualité de vie des travailleurs et son coût économique ». Cette affirmation place la souffrance psychique au croisement des politiques de santé et des politiques de l’emploi, un point d’attention central pour les professionnels des ressources humaines.

Les données chiffrées issues de cette publication confirment la progression du phénomène. En 2019, 5,9% des femmes et 2,7% des hommes déclaraient une souffrance psychique en lien avec le travail. De plus, ces prévalences ont plus que doublé entre 2007 et 2019, ce qui souligne une dégradation structurelle des conditions de travail sur le long terme. Pour les directions RH, ces chiffres traduisent une réalité opérationnelle de plus en plus visible dans les entreprises, notamment à travers l’absentéisme, le turnover ou les conflits internes.

​Intensification du travail, perte d’autonomie, dégradation des collectifs... : l'environnement de travail peut être toxique en soi

Les travaux de Santé publique France mettent également en lumière les causes systémiques de la souffrance psychique au travail. Les enquêtes transversales du programme de surveillance des maladies à caractère professionnel, menées entre 2013 et 2019, ont permis d’objectiver ce phénomène dans différents secteurs d’activité. Ces études montrent que la souffrance psychique ne se limite pas à des situations individuelles, mais s’inscrit dans des environnements professionnels marqués par l’intensification du travail, la perte d’autonomie ou la dégradation des collectifs.

Cependant, malgré cette reconnaissance scientifique, les troubles mentaux liés au travail ne figurent toujours pas dans les tableaux de maladies professionnelles des régimes de sécurité sociale en France. Cette absence de reconnaissance juridique constitue un angle mort des politiques de prévention en santé, alors même que les conditions de travail sont identifiées comme des facteurs déterminants. Dans ce contexte, la mission d’information du Sénat pourrait jouer un rôle clé pour formuler des recommandations opérationnelles, susceptibles d’alimenter les futures politiques publiques et d’outiller les acteurs RH face à la montée de la souffrance psychique.


Anton Kunin







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